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Bilan Hong Kong à Paris Cinéma (Part. 2)

septembre 21, 2012

Suite des aventures hongkongaises à Paris Cinéma (la partie 1 ici).
Après Johnnie To, place à une grande et rare réalisatrice hongkongaise, dont l’œuvre est encore trop méconnue en France, malgré ses multiples récompenses (*).

Ann Hui On Wah a fait ses premières armes à la TVB (première chaine de télevision hongkongaise) en 1975, suite à des études de cinéma en Angleterre (London International Film School).
Assistante du maître King Hu, elle passe à la réalisation de longs-métrages pour le cinéma en 1979 avec The Secret, après avoir fait ses preuves à la télé grâce au succès des séries et documentaires qu’elle a produit et réalisé pour les ondes hertziennes de l’ancienne colonie anglaise.

Fer de lance de la Nouvelle Vague hongkongaise, Ann Hui est une cinéaste réputée mais hélas si peu reconnue dans nos contrées. Son œuvre n’est quasiment pas éditée en DVD en France (à part Stuntwoman-vu à la 10e PCJ-et Swordsman chez Metropolitan), et une partie de sa filmographie est trouvable en DVD, mais seulement dans d’autres pays (USA, Angleterre ou Hong Kong en VCD, etc), les films présentés à Paris Cinéma sont inédits en France et quasi introuvables en vidéo. Judicieux de lui accorder un focus, en programmant des raretés (ses premiers films au cinéma) et quelques segments télévisuels de ses débuts (en particulier des épisodes des séries Below the Lion Rock ou encore ICAC Investigators).
Je n’ai hélas eu la chance de n’en voir que 2 seulement sur le corpus proposé (pas réussi à me réveiller pour ses programmes TV), mais si vous voulez en savoir plus, allez lire les comptes-rendus des films et programmes télévisuels de la réalisatrice ICI et .

Partie 2: Ann Hui (The Spooky Bunch et Story of Woo Viet).

The Spooky Bunch (1980) By Ann HUI

The Spooky Bunch (Zhuang dao zheng 撞到正 , HK/1980/93min.)
Voilà le genre de film qu’on voit dans la filmographie d’un auteur apprécié et qu’on rêve de voir même si ça semble introuvable (raison de plus). The Spooky Bunch fait partie de cette catégorie de films mystérieux (La Horde Sinistre ou Le Peloton de Fantômes ??? Quel titre bizarre et alléchant), et culte par leur rareté.
Le second long-métrage d’Ann Hui est un excellent film de genre bien spécifique au cinéma hongkongais, la ghost kung fu comedy (sous-genre qui explosera quelques années plus tard avec L’Exorciste Chinois ou la série des Mr Vampire) avec quiproquos, possessions et magie noire, revenants pittoresques, chorégraphies endiablés, humour bien gras et rituels taoïstes hauts en couleurs. Mais Ann Hui ne se contente pas de reprendre des recettes qui marchent, elle réinvente totalement en s’inspirant et en mélangeant diverses influences culturelles qu’elle se réapproprie dans un joyeux cocktail bordélique.

Dans un style très documentaire (on montre les coulisses d’opéra chinois ce qui en fait un document important sur les arts du spectacle locaux, mais aussi dans le choix des seconds rôles et figurants qui ont de vraies gueules de vrais gens, comme Chiang Kam et Lau Hak Suen), la réalisatrice pioche dans diverses influences pour faire rebondir son histoire (horreur, kung fu, comédie cantonaise, fantastique, etc).

Résumé:
Un vieil homme riche et puissant fait venir à Cheng Chau une petite troupe d’opéra cantonais dans la but de marier son neveu (Kenny Bee) avec une des actrices de la troupe (Josephine Siao Fong Fong) afin d’exorciser une malédiction familiale. Hélas des fantômes vengeurs ou taquins vont tout embrouiller en prenant possession de certains vivants et en tuant les plus curieux ou téméraires.

Moi qui adore la ghost kung fu comedy, et suis sans cesse surpris par ce genre étonnant et créatif, et ses multiples déclinaisons, me voilà servi avec The Spooky Bunch. Des séquences de possessions vraiment drôles (c’est toujours poilant de voir un homme parler avec une voix aiguë de petite fille et agir comme telle) et judicieusement mises en place (de plus en plus néfaste et dangereux: la jeune fille fantôme qu’on a invitée au spectacle par mégarde, la prostituée, les méchants fantômes de soldats japonais) pour des situations qui se complexifient en crescendo et vont intensifier les rapports entre les différents personnages, en l’occurrence nos deux héros dont le mariage semble avoir le pouvoir d’exorciser la situation et de chasser les mauvais esprits (rien que cette idée est marrante et génératrice de situations comiques). La pétillante Josephine Siao Fong Fong, pleine de malice et d’espièglerie, participe grandement à l’humour très dynamique de ce film (j’adore les séquences où elle embobine sa vieille gouvernante bigote ou encore celles où elle joue de largent ou des bonbons avec des gamins des rues). On la retrouvera dans d’autres films programmés durant ce festival (Teddy Girls de Patrick Lung Kong-vu au 34e HKIFF*– et La Légende de Fong Sai Yuk de Corey Yuen Kwai). Notons que l’actrice prolifique (plus de 200 films à son actif) est également productrice de ce film.

Un film étonnant, typique de la Nouvelle Vague hongkongaise par son mélange des genres audacieux et créatif, par son urgence et son foisonnement.

http://www.imdb.com/title/tt0081803/
http://www.hkcinemagic.com/fr/movie.asp?id=1055
http://hkmdb.com/db/movies/view.mhtml?id=6111&display_set=eng
http://www.illuminatedlantern.com/cinema/review/archives/spooky_bunch_the.php
http://noisyrequiem.wordpress.com/2011/11/02/the-spooky-bunch-ann-hui-1979/
http://made-in-asie.blogspot.fr/2012/07/spooky-bunch-ann-hui.html
http://www.senscritique.com/film/The_Spooky_Bunch/critique/5552283
http://www.pariscinema.org/fr/film/fiche-film.html?film_id=3281

************

The Story of Woo Viet (Woo Yuet dik goo si 胡越的故事 , HK/1981/88min.)
Story of Woo Viet est un film (le 3e de la cinéaste) dont j’entends parler depuis longtemps et que je rêvais de voir.
Merci à Paris Cinéma qui m’en donne enfin l’occasion sur grand écran, car voici un film culte et fondateur.
Culte parce qu’on connait tous Chow Yun Fat dans ce rôle de tueur qui lui colle à la peau, mais surtout fondateur car Story of Woo Viet est la génèse de ce personnage mythique qui se sublimera à l’écran 8 ans plus tard dans The Killer de John Woo. On peut dire qu’avec ce film nait la carrière de Chow Yun Fat en flingueur ultra classieux et romantique puisqu’il y fait ses premières armes et qu’on y découvre un peu les raisons qui l’ont conduit à le devenir.

The Story of Wu Viet (1981) By Ann HUI

Résumé:
Réfugié vietnamien, Woo Yuet (Chow Yun Fat) débarque à Hong Kong pour retrouver sur place une correspondante chinoise (Cora Miao). Mais dès son arrivée, il est témoin d’un meurtre, doit fuir le camp de réfugiés et devient clandestin recherché. En marge des petits boulots dans les bas-fonds, il décide d’apprendre le japonais pour émigrer aux États-Unis sous une fausse identité. Pendant la formation des passeurs de frontière, il rencontre une jolie vietnamienne avec qui il se lie d’amitié (Cherie Chung).
Mais lors de l’escale aux Philippines, il découvre que sa nouvelle amie va être vendue aux réseaux de prostitution locaux par les passeurs et empêche la sombre transaction de se faire. Il tue hélas un policier dans l’affaire, et redevenu clandestin, il reprend ses affaires de meurtres pour le compte du boss qui a acheté la fille, afin de pouvoir rester avec elle.

Du mélodrame bien tragique, du polar très sombre, le tout cimenté par un point de vue social et politique bien positionné, Ann Hui prouve avec ce troisième long-métrage qu’elle sait faire des films et qu’elle a pas mal de trucs à raconter (l’exil et la recherche ou la perte d’identité font partie des thématiques chères à la cinéaste). Le jeune Chow Yun Fat (26 ans à l’époque) est comme toujours impérial malgré son petit côté torturé et mélancolique qui fait son charisme de tueur romantique qu’on a souvent comparé à Alain Delon. Il n’a pas encore les costumes chics de The Killer, mais une fraicheur et une jeunesse vivifiantes de ses débuts (on pense aussi à All About Ah Long de Johnnie To, pour son insouciance triste, sa dégaine nonchalante). Woo Yuet est un peu l’ancêtre de tous les tueurs à gage fictifs de l’ancienne colonie anglaise (God of Killers est le titre américain du film).
Quatorzième film d’une future star du cinéma hongkongais mondialement reconnue, Story of Woo Viet est un document rare et précieux, comme l’instantané de la jeunesse du tueur à gage chinois le plus caractéristique du cinéma de Hong Kong. Pour l’épauler, on notera la présence de l’excellent Lo Lieh, en homme de main désabusé et trahi, rôle qui rappelle celui de Simon Yam dans Une Balle dans la Tête. L’acteur originaire d’Indonésie est étonnant dans ce rôle plein d’émotion, ça change de son éternel emploi de méchant dans les films de la Shaw Bros (c’est aussi le héros du très culte et classique La Main de Fer).

En somme, voilà un film essentiel, pierre de voûte classique du polar dramatique hongkongais, doublé d’un film social qui fait partie de la trilogie de films sur le Vietnam et ses réfugiés réalisés par Ann Hui (avec Boy From Vietnam et Boat People). A voir absolument.

http://www.imdb.com/title/tt0082534/
http://www.hkcinemagic.com/en/movie.asp?id=463
http://en.wikipedia.org/wiki/The_Story_of_Woo_Viet
http://www.sogoodreviews.com/reviews/thestoryofwooviet.htm
http://www.pariscinema.org/fr/film/fiche-film.html?film_id=3282

Sur la Nouvelle Vague hongkongaise:
http://hkcinemagic.blogspot.fr/2012/07/nouvelle-vague-entre-classiques.html
http://www.universalis.fr/encyclopedie/cinema-de-hong-kong/3-mutations/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cin%C3%A9ma_hongkongais#Les_autres_transformations
Et la Table Ronde autour de la Nouvelle Vague hongkongaise (*) filmée par 1kult:

Rappelons que le dernier film d’Ann Hui, A simple life (Tao Jie 桃姐) sera en clôture du 7e Festival du Cinéma Chinois de Paris, le 4 octobre 2012.

5 commentaires leave one →
  1. FredMJG permalink
    septembre 21, 2012 6:38

    Ah ah ah merci pour le lien. J’avoue que mes insomnies chroniques m’offrent un certain avantage et que je ne crains point les séances matinales

  2. FredMJG permalink
    septembre 21, 2012 6:41

    Ceci étant, cela me fait me souvenir que je n’ai pas encore écrit sur la dernière journée du festival qui présentait son très beau Song of exile… damned

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