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The Hitcher de Robert Harmon (USA/1986/97’/35mm/2:35/Metrocolor/Dolby Stereo/Anglais/VOstFr/HBO Pictures)

mai 21, 2012

[Après Hell’s Ground et The Fall, une nouvelle chronique de film en retard pour les cinéphiles]

L’Étrange Festival (2011) est chaque année l’occasion de voir ou revoir des œuvres incontournables de l’histoire du cinéma. The Hitcher de Robert Harmon fait partie de ces films cultes et inclassables et il était programmé cette année. Avec en plus la présence de Rutger Hauer, méchant inoubliable et dérangeant, venu présenter le film et répondre aux questions du public, lors d’une « Soirée avec Rutger Hauer« , impossible de louper cette séance unique (film précédé de The Mill and the Cross de Lech Majewski et Flesh+Blood de Paul Verhoeven). La salle 300 du Forum des Images était quasi pleine.

Inutile de présenter Monsieur Rutger Hauer, mémorable Roy Batty, le répliquant violent et esthète de Blade Runner, Cardinal Roark dans Sin City (l’oncle du Yellow Bastard chelou), et acteur fétiche de Paul Verhoeven, venu tout droit du pays des tulipes. Le comédien au regard de glace à l’affiche des récents Hobo With a Shotgun de Jason Eisener et The Mill and the Cross de Lech Majewski (tous 2 programmés à l’Étrange Festival 2011), est sans doute au meilleur de sa forme dans The Hitcher.

Tout d’abord, l’acteur hollandais nous présente un petit court métrage de son cru dans lequel il joue un mec perdu dans un décor vide et immense de désert halluciné. Il y rencontre une baleine qui vole dans cette étendue désertique, et se reflète dans son œil immense suivi d’une explosion je crois. Je ne sais plus trop de quoi ça parle (écologie?), mais c’est très joli. Requiem 2019 est un court métrage danois co-réalisé par Rutger Hauer et Sil Van Der Woerd en cette année 2011.

Résumé:
En route pour la Californie, un jeune américain, Jim Halsey (C. Thomas Howell), prend un auto-stoppeur s’avérant être un véritable psychopathe, John Ryder (Rutger Hauer). Pour le héros, c’est le début d’un long voyage vers l’horreur, à la fois traqué par le tueur et pris pour cible par la police qui le rend responsable des meurtres qu’il n’a pas commis. Seule Nash, une petite serveuse de restaurant routier (Jennifer Jason Leigh) le croit innocent et accepte de l’aider.

Alors que sa mère lui avait pourtant bien dit de ne jamais prendre d’autostoppeur sur la route, conseil qu’il se permet même de citer, notre jeune héros s’arrête quand même pour embarquer John Ryder, dégoulinant sous la pluie, mais calme comme un lézard au soleil (et déjà, super flippant: son personnage est génialement introduit, par ses gros plans sur la bouche et des détails comme les mains, ). Il n’aurait jamais du le prendre, et va très vite le regretter en comprenant que son passager est un serial-killer qui massacre les automobilistes au gré de ses escales le long d’une route désertique qu’il traverse à pied ou en stop. Après avoir bien fait flippé Jim qui a réussi à se débarrasser de lui une première fois en le jetant sur la route pendant qu’il conduisait, John Ryder n’a évidemment pas fini de faire tourner en bourrique ce pauvre jeune qui ramenait simplement une voiture à l’autre bout des states.

Première angoisse lorsqu’il se fait doubler par une voiture conduisant une famille à bord de laquelle se trouve le machiavélique John qui lui dit bonjour de la main au milieu d’enfants joyeux. On retrouvera plus tard cette voiture sur le bas-côté avec la trace du passage sanglant du psychopathe. Les cadavres qu’il laisse derrière lui feront de solides preuves qui se retourneront contre le jeune héros sur lequel le shérif a malencontreusement trouvé l’arme des crimes (machiavélique Rutger qui laisse son couteau dans la poche de l’innocent). La suite est une chasse entre chat et souris, angoissante et paranoïaque. Car en plus de ce taré qui semble vouloir sa peau (mais doucement, il le fait mijoter et lui laisse toujours une chance de s’en sortir pour pouvoir continuer à jouer avec lui plus tard), le malheureux Jim a maintenant les flics sur le dos et doit aussi leur échapper alors qu’il pensait trouver de l’aide auprès des autorités compétentes. Sacré John Ryder qui transforme le héros innocent en fugitif qui va devoir lutter ardemment pour sauver sa peau en plus de de voir prouver son innocence. Il finira même en prison, mais très peu de temps, car, ironie du sort, John, joueur comme pas deux, va le libérer rapidement en massacrant tout le commissariat. Même en prison, il ne le laissera pas en paix. Horrible.

Heureusement, un peu de douceur féminine dans ce monde de brutes de la route viendra alléger tout ça, en la présence de Jennifer Jason Leigh (à nouveau face à Rutger Hauer dans un film), jolie serveuse qui devait s’ennuyer un peu sur ces routes désertes. C’est la seule à croire en Jim et à lui apporter un peu d’espoir et de réconfort dans sa fuite contre la mort. Vaillante, elle crachera même à la tronche de John Ryder (scène flippante où elle est au lit pendant que Jim prend une douche alors que le malin John Ryder en profite pour s’allonger à côté discrètement), avant de se faire salement écarteler par des trucks.
Il faudra un final explosif et hallucinant pour voir le jeune héros venir enfin à bout de son mentor/tortionnaire, vidé de ses forces, épuisé, lessivé, au bout du rouleau.

La grande époque des eighties où l’on faisait des films avec des budgets minables ce qui obligeait à trouver de sacrées bonnes idées ou manières de faire. The Hitcher s’inscrit parfaitement dans cette tradition, avec son histoire très simple, son décor balisé, son nombre ramassé de personnages (4 ou 5 personnages notables maximum, sans compter les victimes), ses quelques scènes d’action artisanales au petit arrière goût de suicide (ce plan de fou où Rutger Hauer saute de l’arrière du fourgon pour plonger dans le pare-brise de la voiture du héros en pleine course et en ressortir d’un coup de frein, le carambolage impressionnant à la fin, ou encore l’incendie explosif d’une station service), ses cadrages dynamiques et osés et une image propre (contre-plongée sur les conducteurs, travellings qui semblent « pousser » les voitures ou au raz du sol, cieux parfaitement exposés, nuit fantasmagorique, silhouettes en contre-jour, raies de lumière dans le fast-food ou le commissariat, etc). Vive le Cinéma d’exploitation des années 80.

Que dire de plus de Rutger Hauer? Le film repose entièrement sur le charisme dérangeant et oppressant de son personnage solitaire, vindicatif, féroce (il fait même péter un hélico en plein vol merde!), inépuisable, presque fantomatique (ou fantasmé.On constatera d’ailleurs que son personnage semble être de l’ordre du pur fantasme et on pourrait presque dire qu’il n’existe pas, seulement dans l’imagination du héros, qui après être confondu avec lui et accusé de ses meurtres, finit par devenir petit à petit comme lui pour s’en débarrasser, jusqu’à devenir lui-même John Ryder, ou en tout cas une sorte de remplaçant ou de disciple forcé. Ne lui répond il pas à sa question Que voulez-vous de moi?, « Que tu m’arrêtes », comme un relai transmis ou un rite initiatique de passage assez hardcore). Sacré Rutger, c’est en fait une sorte de maître du sadisme vagabond qui déambulait sur les routes à la recherche d’un élève à former entre deux massacres d’automobilistes innocents). La fin laisse ce sentiment bizarre d’avoir eu affaire à un mec qui n’existe nul part et qui du coup a laissé son « héritage » à celui qui le combattait. Une histoire et une thématique bien moins banales qu’il n’en parait au premier abord (magie du cinéma d’exploitation, toujours prêt à vous surprendre au détour d’une bonne scène d’action ou de sexe, d’un peu de violence graphique ou d’une cascade improbable, avec une idée vraiment forte, subversive, pertinente ou poétique. J’adore les films d’action qui font cogiter-mais je n’ai pas aimé Drive, faut pas déconner non plus, on en reparlera). Finalement qui est John Ryder et existe t-il vraiment (rien que son nom qui est totalement de l’ordre de la légende urbaine, renforce l’aspect mythologique et irréel de ce pur personnage de fiction)? Voilà une question intéressante que pose la fin du film, sans rien résoudre. J’aime bien aussi le moment où Jim bouffe des frites tout doucement pour finir par découvrir un doigt coupé dans son assiette (sacré John Ryder).

Un bon film de genre à découvrir ou à revoir si on aime l’action bourrine et sans concession, et surtout pour la présence magnétique de Rutger Hauer qui fait de The Hitcher une pépite culte de cinéma d’exploitation.

http://www.imdb.com/title/tt0091209/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Hitcher_(film,_1986)
http://en.wikipedia.org/wiki/The_Hitcher_(1986_film)
http://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=72
http://www.fast-rewind.com/hitcher.htm
http://thisislandrod.blogspot.fr/2012/01/hitcher-1986.html
http://www.slantmagazine.com/house/2009/11/the-hitcher-1986/
http://sonofcelluloid.blogspot.fr/2010/09/hitcher-1986.html
http://www.anglesdevue.com/2011/09/11/letrange-festival-2011-jour-8-une-soire-avec-rutger-hauer/

Plus de critiques de films vus en salles sur cette page.

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