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Pendez Moi Haut et Court (Out of the Past) de Jacques Tourneur (USA/1947/97’/35mm/1:37/N&B/Mono/anglais, langage des signes/VOstFr/RKO Radio Pictures)

janvier 20, 2011

J’arrive en retard et loupe le générique de début (et ce qu’il peut y avoir avant), et m’installe pendant le dernier carton, juste quand le film commence. Une bonne scène d’introduction cela dit en passant, avec une question posée qui reste sans réponse : le jeune garçon (Dickie Moore) à qui l’on a demandé où était Jack Bailey est sourd-muet et n’a donc pas entendu l’homme de main du méchant à qui il tournait le dos. Notre patibulaire gorille va donc attendre au café du coin où les ragots vont bon train. On a eu le temps de se piquer les yeux avec des criards sous-titres orange (qui changeront et deviendront blancs en cours de route en même temps que le niveau sonore qui augmentera, pour revenir plus tard à ces sous-titres orange pétants).
Mais quel est donc ce film ?

Voici une perle du film noir, classique et à l’ancienne, diffusé lors du programme « Trésors de la RKO » au cinéma Action Christine, Pendez Moi Haut et Court (ou encore La Griffe du Passé lors de sa sortie en salles en France à l’époque), Out of the Past (ou Build My Gallows High) en anglais (USA et UK), de Jacques Tourneur, produit par la RKO en 1947.

Résumé:
Un ex-détective privé, Jeff Markham (Robert Mitchum), est retrouvé dans la ville où il se cache sous un faux nom, par un homme de main du gangster et ancien employeur de Jeff, Whit Sterling (Kirk Douglas); celui-ci lui rappelle qu’il a une dette envers Whit, datant de l’époque où il devait ramener la maîtresse du truand, Kathie Moffett (Jane Greer), qui s’était enfuie avec un magot après lui avoir tiré dessus. Jeff n’avait alors pas honoré son contrat, bien qu’il eût retrouvé Kathie. Il avait en effet cru celle-ci lorsqu’elle se disait innocente au sujet du vol, puis en était tombé amoureux. Mais quand elle abat un autre homme de main de Whit, Jeff sait qu’il s’est fait berner et va se terrer dans une petite ville.
Il retrouve étrangement Kathie dans la maison de Whit, qui le charge à présent de reprendre les livres de comptes que son comptable a emportés avec lui dans sa fuite. Mais c’est un piège : l’homme est tué et Jeff est accusé du meurtre.*

Après cette intro lourde de menaces (un type peu avenant qui vient chercher quelqu’un au début d’un film noir, ça finit toujours mal), on, retrouve notre fier héros qui porte l’épaisse carrure du charismatique Robert Mitchum, en belle compagnie, dans une séquence très romantique au milieu d’un décor bucolique en pleine nature au bord d’un lac. Partie de pêche romantique (la pêche va revenir plusieurs fois dans le film) pour Jeff Bailey et sa douce chérie Ann (Virginia Huston) qui lui demande quel endroit il préfère. Il lui répondra de manière super classe avec le petit contre-jour dans les cheveux « Celui où je suis ». La classe américaine (*), digne de Georges Abitbol. Mais ce bonheur sera de courte durée, puisque le jeune vient prévenir Jeff en langage des signes qu’un type le cherche.

En allant au rendez-vous, il se souvient de son passé qui ressurgit, et à partir de là, le film s’embarque dans une série de flashbacks qui me font mélanger les temporalités de ce film (en cela, la narration est rondement bien menée, avec tous ces allers-retours dans le temps). Il a été engagé par le fourbe Whit (Kirk Douglas) pour retrouver une femme, Kathie Moffat qui lui a volé beaucoup d’argent, mais lorsqu’il la suit au Mexique, puis la rencontre et la drague parce qu’elle est super jolie (géniale séquence jazzy dans le bar qui s’ouvre sur un gros plan de saxophone pour enchainer sur une belle leçon de séduction comme Hollywood sait si bien les faire). Il finira par l’embrasser sur la plage (trop romantique) et par se laisser convaincre lorsqu’elle lui affirme qu’elle n’a rien volé, mais s’est juste vengée du méchant Whit (avec contre dans les cheveux et petits yeux de cocker quand elle lui demande de la croire, voilà une femme fatale convaincante). Evidemment qu’il tombe dans le panneau (la douce Jane Greer).
Tout se passe bien jusqu’à la visite surprise de Whit et ses acolytes qui vient voir si tout se passe bien et où est leur cible, alors que notre héros volage attend sa douce d’une minute à l’autre. Ce qui nous donne une belle séquence de suspense et de jeu de chassé-croisé bien ficelée, et un héros qui s’en sort bien.

Mais ça se corsera lorsque Jeff s’embrouillera avec son associé qui veut lui aussi croquer sa part du gâteau (normal, ils sont 2 sur le coup, et au lieu de tuer leur cible, Jeff est tombé amoureux d’elle et en profite seul). Après une courte bagarre entre eux, que Kathie stoppe brutalement en tirant sur le collègue de Jeff, celle-ci s’enfuit en pleurant et laisse notre héros tout seul, avec un cadavre sur les bras, et une promesse de s’enfuir ensemble envolée.

Plusieurs années plus tard, Whit a retrouvé la trace de Jeff, et lui propose un nouveau contrat (et là, je crois qu’on est revenu à la temporalité présente du film, celle du début).
Il doit récupérer des documents chez un avocat ou un huissier véreux, avec l’aide d’une nouvelle jolie fille, Meta Carson (Rhonda Fleming) la secrétaire du type (encore une femme fatale très convaincante, décidément, les filles sont jolies et vénéneuses dans ce film), mais tout cela s’avérera être un sale piège que Jeff a déjà flairé. Il sera accusé de meurtre par je ne sais quelle fourberie de Whit, mais sa manière de voler les documents est particulièrement subtile (il rentre dans le bureau du bonhomme, lui fout un grand coup dans la gueule pendant que l’autre se lèvait pour lui demander ce qu’il se passe, et répond direct au téléphone pour dire aux hommes de main en bas que tout va bien et les rassurer, puis ressortira tranquille sous leur nez avant qu’ils ne montent vérifier. Trop balaise).

La trahison règne, et Jeff est donc recherché par la police, et par le vil Whit qui veut le buter.
Il envoie son homme de main qui suit notre héros le long d’une rivière sauvage et s’apprête à le tirer comme un lapin, mais c’est sans compter le jeune sourd-muet, fidèle, loyal et attentif. Alors qu’il venait pêcher, il surprend le tueur, l’attrape d’un habile coup de canne à pêche et le tue aussi sec en le faisant tomber d’un rocher. Impressionnant.

Mais c’est la femme (comme souvent dans le film noir) qui précipitera la chute du héros. Kathie est une manipulatrice talentueuse, et Jeff se laissera prendre une dernière fois et s’enfuira avec elle, alors qu’Ann l’attend et l’aime vraiment (et il le sait en plus).
Mais il comptait sur un barrage de la police pour les arrêter, barrage que Kathie considère comme une embuscade. « Faux jeton » lui dit-elle avant de lui mettre une balle dans le ventre pendant qu’il conduit. Ça finit mal sur un flingage de traitre(sse), et sur les larmes de l’amoureuse de Jeff (que ses parents un peu coincés avaient pourtant prévenue). Le jeune sourd-muet la regarde tristement puis s’éloigne (ou c’est la caméra qui s’éloigne), le laissant seul dans un plan vide comme au début du métrage. La boucle est bouclée et on savait que ça finirait mal.

Un classique du film noir encore adapté d’un roman, film qu’on pourra mettre en relation avec Le Faucon Maltais, Double Indemnity, ou Kiss Me Deadly, avec un beau noir et blanc bien académique mais parfaitement éclairé (Nicholas Musuraca en chef-op), une belle image malgré une copie un peu abimée à certains moments, de jolies actrices en femme fatales, un Robert Mitchum impérial et un remarquable Kirk Douglas, jeune et fringant, plein d’ambition dévorante et passionnée.
A voir ou à lire, si vous êtes passé à coté.

http://www.imdb.com/title/tt0039689/
http://en.wikipedia.org/wiki/Out_of_the_Past
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_griffe_du_pass%C3%A9*
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pendez-moi_haut_et_court
http://www.filmsite.org/outo.html
http://www.allmovie.com/work/36805
http://www.onirik.net/spip.php?article8885
http://www.noiroftheweek.com/2009/05/out-of-past-1947.html
http://www.dvdclassik.com/Critiques/griffe-du-passe-dvd.htm
http://home.sprintmail.com/~sknolle/mitchum/outofthepast.html
http://films.blog.lemonde.fr/2007/11/25/pendez-moi-haut-court/
http://www.telerama.fr/cinema/jacques-tourneur-un-homme-trop-discret,56519.php
http://www.notrecinema.com/communaute/v1_detail_film.php3?lefilm=5677
http://www.oldcinepassion.com/article-pendez-moi-haut-et-court-la-griffe-du-passe-vo-st-60593185.html
http://www.editionsmontparnasse.fr/product?product_id=347
http://www.payot-rivages.net/livre_Pendez-moi-haut-et-court-Geoffrey-Homes_ean13_9782869303652.html
http://polar-hardboiled.info/article-303-geoffrey-homes-lisez-le-haut-et-court

Eddie, le 20 janvier 2011.
(notez que je n’ai plus d’ordinateur, et que j’ai réussi à publier cet article grâce à un petit netbook et un vieux mac…..)
Retrouvez d’autres critiques de films ICI.

5 commentaires leave one →
  1. janvier 22, 2011 1:22

    c’est marrant comme traduction du titre original… ça n’a rien à voir

  2. nautilius permalink
    décembre 11, 2011 3:52

    très bon résumé d’un excellent film noir , simplement je rajoute que le titre francais est tiré d’une réplique de Mitchum dans la maison du lac TAhoe

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