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Fire of Conscience (Huo long 火龍) de Dante Lam Chiu Yin (HK/2010/115’’/35mm/2:35/Couleur/Dolby Digital/Mandarin-Cantonais/VOstA/Media Asia Films-Visual Capture/Rated R)

août 3, 2012

Suite des aventures cinéphiles à Hong Kong, après Bloody Shake, 14 Blades et Last Chance Mumbai, voici la chronique de Fire of Conscience de Dante Lam, dont je parlais dans ce post il y a un moment déjà.

Avec Crossing Hennessy de Ivy Ho (ou encore Love In a Puff d’Edmond Pang Ho Cheung), Fire of Conscience était un des films-évènements du 34e HKIFF (Hong Kong International Film Festival). Sorti le 4 avril 2010 à Hong Kong, durant le festival, le dernier film de Dante Lam Chiu Yin semblait attendu, au vu du casting accrocheur, mais surtout parce que c’est un des purs produits calibrés made in Hong Kong, qui font toujours (et depuis maintenant plus de 30 ans) la renommée du cinéma de l’ancienne colonie britannique.

Après Beast Cops (1998), Jiang Hu: The Triad Zone (2000), Hit Team (2001), Heat Team (2004) , Beast Stalker (2008), The Sniper (2009), pour ne citer qu’eux (et j’avoue qu’avant ça, je n’avais vu que The Triad Zone seulement, si peu représentatif de l’aspect « action » de l’œuvre de Dante Lam), voici Fire Of Conscience, polar explosif, nerveux et dramatique, genre dans lequel semble exceller le réalisateur (original pour du cinéma hongkongais). Et effectivement c’est un gros spectacle comme seuls savent (et osent) le faire les cinéastes de Hong Kong.

Mais revenons quelques jours plus tôt, lors de mon arrivée à HK. Depuis que je suis là, impossible de louper le matraquage minutieux de distributeurs zélés qui vont bien vendre leur film. Partout (sur les bus, dans le métro, dans la rue, sur les façades d’immeubles, etc), on peut voir la belle affiche de For Lung (火龍: le titre chinois qui se traduit littéralement par « Dragon de Feu »), avec deux beaux gosses incontournables aux visages bien sérieux (petite barbe pour Leon Lai et lunettes classes pour Richie Ren). Oh ça promet déjà, et à force de voir ces immenses affiches tout le temps les 2/3 premiers jours, j’ai trop envie de voir le film…



Par chance, lors du briefing pour les journalistes par HKTDC, Mme Harsha Hajani (Merci à elle et à HKTDC) propose d’offrir quelques billets pour aller voir certains des films importants du festival, dont Fire of Conscience

Rendez-vous deux jours plus tard au Theatre 2 du Hong Kong Convention & Exhibition Center (HKCEC) pour la projection du film. J’apprends entretemps que ce sera en fait un Gala de Première, en présence du réalisateur et des acteurs principaux, et que je suis invité à venir prendre des photos, filmer et éventuellement interviewer ces importants intervenants. Mon badge presse HKIFF (plus un gros autocollant qu’on me colle sur le torse pour qu’on voit que je suis du bon côté de la barrière et autorisé à être ici, et ainsi éviter les méprises) me permettra de me placer dans le premier cordon de la presse, parmi une armée de journalistes, photographes, cadreurs exclusivement chinois qui me regardent du coin de l’œil. Je dois être le seul occidental dans les parages, en tout cas, de ce côté-ci de la barrière.

Et c’est une expérience intéressante, car je n’avais jamais vu ça. En attendant que les stars et le réalisateur Dante Lam arrivent, je joue des coudes avec les journalistes qui poireautent tout comme moi, pour me faire une place tant bien que mal. Les mecs sont organisés (la plupart sont en binômes, des fois avec une journaliste aussi jolie et bien apprêtée que les actrices), ont du meilleur matériel, et sont plus au courant de ce qu’il se passe.

Et quand les précieux attendus arrivent enfin, c’est l’effervescence (voire l’hystérie pour le rang derrière nous, l’espace dédié aux fans après le cordon de journalistes), les flashs crépitent, ça crie dans tous les sens (visiblement des journalistes qui voulaient des sourires et le demandaient gentiment en hurlant), mais les acteurs restent stoïques, souriants, impeccables, parfaits, égal à eux-mêmes. Impressionnant.



Après quelques séries de photos, et des interviews express exécutées en quelques minutes dans un coin du hall, le réalisateur et les acteurs se dirigent vers la salle 1 pour assister à la projection, qui sera accompagnée d’une petite conférence. Hélas, mon billet est pour la salle 2, qui projettera le film en même temps. Notons juste que les deux salles sont pleines à craquer.

Je m’installe confortablement, car le spectacle s’annonce grandiose.

Résumé:
Man Fong (Leon Lai) est un flic de terrain sur la brèche qui vit dans sa voiture car il a perdu sa femme assassinée dans une affaire de pickpocket. Inspecteur Ji (Richie Ren) est un carriériste calculateur en costume et voiture de luxe. Un meurtre de policier va rapprocher ces deux hommes que tout oppose. Mais quand l’affaire tourne au drame à cause d’un groupe de terroristes violents et radicaux, Man Fong commence à se méfier de son collègue, trop propre sur lui pour ne pas être suspect.

On en prend plein les yeux et les oreilles durant presque deux heures de métrage intensif et nerveux. Les rares moments de pause pleins de poésie viennent rythmer la cadence frénétique de ce polar intense et tragique. Du pur polar d’action, voilà un genre dans lequel excellent les hongkongais. Il faut dire que leur ville est extrêmement photogénique, mais on en reparlera plus tard.

Avant d’aller plus loin dans l’analyse de Fire of Conscience, il faut d’abord mentionner un aspect curieux mais très intéressant de ce genre de films, et qui est particulièrement flagrant dans cette dernière œuvre de Dante Lam: la représentation de la violence, et plus précisément la violence et la criminalité dans Hong Kong.

Ça balance des grenades dans les restaurants (qui finissent complètement retournés), ça canarde au M16 en cavalant en pleine rue, on est témoin d’accidents de la route monstrueux, ça tire dans tous les sens, les balles perdues fusent, les victimes innocentes et les policiers dévoués tombent comme des mouches, il parait extrêmement dangereux de se balader à Hong Kong, même en pleine journée. En voyant ce genre de films, on se dit que Hong Kong est la ville la plus risquée au monde et que son fort taux de criminalité est potentiellement dangereux pour n’importe lequel de ses citoyens. Heureusement, il n’en est rien, c’est même l’inverse, cette ville est totalement sécurisée et s’y balader seul à des heures tardives n’est même pas inquiétant, mais c’est assez intéressant de constater que le public hongkongais aime voir cette image particulière de sa ville au cinéma. Alors que dans la réalité les rues sont tranquilles et sans risques, le spectateur de Hong Kong aime vibrer avec une vision fantasmée d’une ville dangereuse où la violence et le crime sont omniprésents et frappent de manière aveugle et arbitraire.

Si on proposait ce genre de films à Paris en France, avec une image aussi pessimiste et négative (mais néanmoins spectaculaire) de la ville, personne n’accepterait de financer ce genre de projet, l’argument premier étant cette vision de Paris à feu et à sang inacceptable (sauf si c’est Luc Besson). Mais à Hong Kong, visiblement, ça plait beaucoup, et on sait y faire la part des choses entre réalité et fiction. En tout cas, Fire Of Conscience semblait très attendu par le public et la critique locale, à voir le gala de première et l’effervescence qu’il provoquait.

Pour revenir au film, celui-ci repose avant tout sur deux grands acteurs charismatiques, Leon Lai et Richie Jen, à l’interprétation excellente (torturés, sous pression, tendus et nerveux, et surtout avec chacun un problème à régler par rapport à leur conscience –qui semblent bruler, comme l’indique judicieusement le titre), et surtout entourés d’une pléiade de seconds rôles costauds et souvent justes. On pense notamment à Liu Kai Chi en flic corruptible (habitué des polars, on a pu le voir dans The Beast Stalker du même réalisateur), la jolie Vivian Hsu en femme inquiète, la bande de malfrats composés de Kam Loi Kwan, Tan Kai (le plus cruel de tous, avec son chapeau de pêcheur), Yue Xiao Jun, et surtout l’innocent bombmaker Wang Bao Qiang (la scène où il s’explose en hurlant qu’il n’est pas un voleur sous les yeux effarés de Leon Lai, est très puissante et provoque un choc considérable),  mais aussi Kenny Wong en petit caïd, Lo Meng en chauffeur de bus ou encore Chen Kuan Tai en capitaine de police.
Un casting en béton armé pour un film musclé.

Le dernier personnage, et non des moindres, c’est encore une fois la ville de Hong Kong et ses habitants, dans toute sa splendeur, son dynamisme, sa densité de population, ses rues animées et grouillante, sa circulation routière chargée, et les stress, désirs, ambitions qu’elle provoque (le rapport à l’argent, la réussite sociale, la rédemption et l’oubli dans le travail sont des thématiques judicieusement distillées qui éclairent sur l’état d’esprit hongkongais). Hong Kong n’est plus seulement qu’un décor, elle influence et contraint nos personnages et donne une dimension tragique à leur histoire. La scène la plus représentative de l’influence qu’ils subissent d’elle, est la scène finale, lorsque l’inspecteur Ji veut s’enfuir, pendant que sa femme le cherche et que Ming/Leon Lai le poursuit, et qu’il se retrouve bloqué par une fête de quartier, qui ironie du sort, est dédiée à une danse de dragon lourdement arrosée de pétards et de feux d’artifices (le Dragon de Feu du titre).

Encore une fois, le cinéma hongkongais sublime la photogénie et la beauté âpre de sa ville mythique, dans un film qui, tout en lui rendant hommage et en en livrant une image fantasmée et romantique, reste un document incroyablement intéressant sur une certaine réalité sociale et géographique (architecturale). C’est d’autant plus intéressant quand on y est pour de vrai à Hong Kong (réalité incomparable aux films mais tout autant exotiquement hallucinante).

Fire of Conscience est un excellent divertissement pour les amateurs de polars d’action dramatiques made in Hong Kong, à voir et à revoir.

http://www.mediaasia.com/fireofconscience/
http://www.imdb.com/title/tt1602500/
http://hkmdb.com/db/movies/view.mhtml?id=13945&display_set=eng
http://www.hkcinemagic.com/fr/movie.asp?id=11106
http://www.hkiff.org.hk/eng/film/detail/34069-fire-of-conscience.html
http://twitchfilm.net/reviews/2010/03/hkiff-2010-fire-of-conscience-review.php
http://lazycritic.blogs.mad-movies.com/2010/03/17/trailer-fire-of-conscience-le-revival-du-polar-hk/
http://www.hollywoodreporter.com/hr/film-reviews/fire-of-conscience-film-review-1004077720.story
http://www.alivenotdead.com/HKIFF/-Fire-of-Conscience-Gala-Premiere-profile-943477.html (photos du Gala de 1e, mieux que les miennes)

Plus de critiques de films ICI.

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