Last Chance Mumbai (Ek Tho Chance) de Saeed Akhtar Mirza (Inde/2009/105’’/35mm/Couleur/2:35/Dolby Digital/Hindi/VOstA/Pritish Nandy Communications-High Point Media Group)
La suite de mes aventures cinéphiles à Hong Kong en 2010 (###).
Belle surprise que ce Last Chance Mumbai, qui signe le grand retour du réalisateur Saeed Akhtar Mirza, après 14 ans d’absence (son dernier film, Naseem, datait de 1995).
Last Chance Mumbai/Ek Tho Chance est présenté en Avant-Première asiatique par High Point Media Group, lors de deux projections tests au Filmart.
Voici un grand film comme savent les faire les indiens. On peut d’ailleurs comparer les cinémas indiens et hongkongais, en ce que leurs films proposent souvent une palette riche et diverse d’émotions et de sentiments, un contenu narratif dense, plein de situations différentes qui relèvent de genres cinématographiques divers (de l’action, de l’amour, du drame, du suspense, de la musique, des rapports familiaux et des traditions, une réflexion sociale, tout ça dans le même film).
Leurs films respectifs (en tout cas sous leur aspect commercial) sont de grands moments spectaculaires et divertissants qui en mettent plein les yeux aux spectateurs venus voir ce genre de cinéma populaire. Disons plus simplement, qu’on en a pour son argent en allant voir un gros film hongkongais ou plus particulièrement indien.
Last Chance Mumbai est un film de ce calibre là, à l’image de l’Inde (et de Bombay plus précisément), grouillant, vivant, plein de contrastes et de couleurs, débordant d’énergie et surtout d’espoir et d’amour en l’humanité qui se bat chaque jour pour vivre. Un sacré programme.
« Ek Tho Chance est un récit simple, mais qui en dit long sur la nature humaine. La partie la plus difficile du cinéma est de dépeindre une histoire simple d’une façon extraordinaire.», nous dit le cinéaste.
C’est effectivement une histoire simple, composée de multiples lignes de vie, et des rêves, désirs, aspirations de chacune des entités qui constituent cette mosaïque humaine.
Un des personnages principaux de Last Chance Mumbai est la ville en elle-même (plus de 12 millions d’habitants), que l’on souhaitait revoir depuis Slumdog Millionnaire. La ville grouillante et tentaculaire de Bombay (Mumbai en indien) prend ici toute sa place, crée le mouvement des personnages, leurs rencontres, leurs conflits, c’est le véritable miroir de leurs aspirations et leurs désirs, ce à quoi ils veulent accéder ou échapper (la misère ou la réussite sociale).
Pas de personnages de grands méchants vicieux et fourbes (à part peut être le politicien véreux ancien gangster qui s’est fait cambriolé et qui presse la police de retrouver le coupable), pas de héros grandiloquents et emphatiques (et moustachus) comme le cinéma populaire indien à l’habitude de présenter à l’écran, ici les protagonistes ne sont ni noirs ni blancs, et surtout incarnent l’homme de tous les jours, le plus banal et réaliste qui soit, avec des désirs et des objectifs simples et facilement appréhendables par le spectateur lambda. Venir vivre dans la grande ville et travailler dans le cinéma (petit clin d’œil) pour le jeune garçon de la campagne, devenir quelqu’un pour le voleur, devenir mannequin pour la jeune fille de bonne famille (l’occasion de montrer des plateaux de cinéma dans le film, intéressante mise en abyme), dont l’ami d’enfance est secrètement amoureux, trouver une jeune fille stable à marier pour l’aîné d’une famille de la bourgeoisie indienne dont les parents sont divorcés et en conflit, épouser un homme aux activités clandestines (le voleur) pour une modeste serveuse d’un café miteux, avoir un ami dans cette ville solitaire et anonyme pour ce gardien de nuit dans un immeuble en construction, et surtout trouver de l’argent pour le flic intègre mais pauvre, pour le voleur au grand cœur, ou encore pour le grand frère sculpteur qui pourrait ainsi prendre en charge son jeune cadet rêveur, tous ses rêves et aspirations sont facilement identifiables par le public, même le plus modeste.
Leurs destins se croisent, se rencontrent, se télescopent, pour le meilleur et pour le pire. Une fin tragique et douloureuse pour certains, entraine une renaissance et une rédemption pour d’autres. Personne n’a raison ou tort, chacun essaie de survivre et d’exister à sa manière. La séquence finale arrive d’ailleurs comme un couperet, violente et tragique, qui nous laisse estomaqué face à l’injustice aveugle du destin et des évènements.
Alors qu’il s’enfuyait, le voleur s’arrête pour secourir le jeune garçon qui s’est fait percuté par la voiture du jeune et riche playboy qui se disputait avec la belle fille qui rêve de devenir mannequin ou actrice. Tout le monde se fait donc embarquer par la police, qui relâchera le voleur pour sa bonté, alors que le jeune fils de riche assumera son acte et la mort de l’enfant.
Le cinéaste porte un regard sans jugement et plutôt bienveillant sur ces hommes et toute leurs facettes. On pourrait d’ailleurs l’identifier à son personnage de voleur, qui commente ce qu’il voit et ressent de manière omnisciente (ses paroles viennent souvent illustrer les actes des autres) et se place souvent en narrateur. La scène finale de discussion avec son amoureuse au bord de la mer est significative. Il lui (et nous) raconte ce qu’il a vu ce soir là au commissariat « De l’amour, de l’espoir, de la beauté, de la tristesse, du pardon, de la rédemption… », et porte sur la situation un point de vue plein de sagesse et de détachement. J’ai beaucoup aimé ce personnage (superbe interprétation de Vijay Raaz), et sa relation pleine de retenue et de tendresse pudique avec la femme qui l’aime.
Le réalisateur choisit et dépeint des personnages authentiques loin des clichés, issus de diverses couches de la société indienne (des bas-fonds criminels aux cercles plus aisés de la mode et du spectacle ou des ministres véreux, en passant par les classes pauvres et moyennes de travailleurs, artisans, policiers ou étudiants), qui par leur caractère universel et proche de la réalité indienne composent une partie de cet immense patchwork humain qu’est la ville de Bombay.
L’anonymat de la ville grouillante qu’est Bombay est aussi souligné par ce gardien d’immeuble désaffecté qui pleure qu’il n’a pas d’ami (scène de dialogue drôle et touchante avec le voleur).
Mais malgré ce réalisme qui est une des fortes intentions du réalisateur, on est quand même en Inde, donc impossible de passer à côté des éternelles séquences chantées, dansées et chorégraphiées qui font le charme de cinéma indien, plus particulièrement bollywoodien comme on aime à l’appeler en Occident. On a donc droit dans Last Chance Mumbai aux passages musicaux obligatoires, qui sont cependant assez réduits (seulement 2 ou 3 je crois me souvenir, pendant un défilé de mode, un festival populaire ou une soirée en boite de nuit), et toujours parfaitement calés dans la narration (lors d’un défilé de mode ou d’une soirée par exemple), sans venir briser le rythme de l’histoire ni l’attention du spectateur occidental peu habitué à ce genre d’incartades clipesques dans un long métrage de fiction. Ici, les quelques chansons fonctionnent superbement, viennent comme d’habitude emphaser l’action et lui apportent un souffle romantique et aérien. On pense notamment à la chanson du film, qui porte le même nom que le titre, « Ek Tho Chance », chantée par , pendant un attroupement sur un quai où l’on a retrouvé le corps d’un noyé (fait divers comme tant d’autres qui semblent monnaie courante dans cette immense ville). Cette chanson, qui parle de l’espoir d’une nouvelle chance pour tous, quelque soient les origines sociales, les erreurs du passé ou les désirs et ambitions, condense judicieusement tout l’esprit du film en une poignée de minutes (l’accroche du film « Sometimes all you need is One Chance »).
Saeed Akhtar Mirza nous livre avec Ek Tho Chance un portrait intelligent, humaniste et vivant de Bombay et de ses habitants. Un film magnifique à ne pas manquer s’il sort en France.
http://www.ekthochance.com/
http://www.imdb.com/title/tt1324074/
http://en.wikipedia.org/wiki/Ek_Tho_Chance
http://www.pritishnandycom.com/moviezone_ekthochance.html
http://www.chakpak.com/movie/ek-tho-chance/20170
http://www.prokerala.com/news/articles/a128070.html
http://musicjalsha.com/ek-tho-chance-2010-movie-first-look-info
http://www.screenindia.com/news/ek-tho-chance-refers-to-that/474423/ (ITW du réal.)
http://www.vamban.com/news/ek-tho-chance-heads-for-singapore-film-festival/
http://www.indianexpress.com/news/-Once-again–I-feel-I-have-something-to-say-/471304
http://www.worldlatestnews.com/entertainment/bollywood/ek-tho-chance-to-premiere-at-14th-iffk-98345
http://www.glamsham.com/movies/scoops/10/apr/13-pncs-ek-tho-chance-at-23rd-singapore-film-festival-041016.asp
http://www.glamsham.com/movies/scoops/10/mar/30-pncs-ek-tho-chance-n-saluun-at-houston-world-fest-2010-031009.asp
D’autres chroniques de films vus au HKIFF et Filmart 2010 à suivre, sur cette page.





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